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Les plantes invasives

L'inquiétante expansion des plantes invasives en France



De nombreuses plantes invasives prolifèrent rapidement sur l'ensemble du territoire français et il semble que l'on assiste à une accélération de leur développement en raison notamment des échanges et de la mondialisation. Or, les plantes invasives ont un impact environnemental, sanitaire et économique importants. La prévention et la gestion du risque sont les principales solutions avancées dans le cadre d'une Réunion d'information scientifique du 3 juin 2014 sur le développement des plantes invasives en France.

Les espèces invasives ou envahissantes : définition

Selon l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), les espèces exotiques envahissantes sont des animaux, des plantes ou d'autres organismes introduits par l'homme dans des zones se situant hors de l'aire naturelle de distribution de l'espèce. Elles s'installent, se propagent et peuvent avoir de graves conséquences sur l'écosystème et les espèces indigènes. En effet, les espèces exotiques envahissantes sont considérées comme la deuxième cause d'extinction des espèces au niveau mondial, juste après la destruction de l'habitat. Dans les îles, elles sont indubitablement la première cause. Leur impact est incommensurable, insidieux et bien souvent irréversible. Elles représentent une menace considérable pour l'écologie, l'économie et la santé. En outre, elles font concurrence aux espèces indigènes, agissent telles des agents pathogènes pour les espèces cultivées ou domestiquées et peuvent même répandre des allergies ou des agents infectieux. La dispersion des espèces exotiques envahissantes est directement liée à l'expansion du commerce, du transport de marchandises et des voyages, car les organismes peuvent être transportés dans les bateaux, les conteneurs, les voitures, les sols, etc. Il s'agit donc d'un problème mondial qui nécessite des actions et une coopération à l'échelle internationale.

Les plantes invasives : définition

C'est une plante qui, pour être introduite dans un espace, doit franchir un certain nombre de barrières. C'est le cas de l'ambroisie, une plante sauvage qui n'aurait pu franchir la barrière qu'est l'océan puisque ce végétal est originaire d'Amérique. Heureusement, toutes les plantes exotiques ne s'acclimatent pas à nos climats, c'est ce qui les distingue des plantes naturalisées (à ne pas confondre avec les plantes artificielles ou stabilisées). Les plantes invasives sont introduites de deux manière :

Introduction involontaire

Par exemple dans le cadre d'échanges de marchandises. C'est un phénomène ancien, concomitant avec le développement de l'agriculture. Avec l'introduction des semences de céréales, se sont développées certaines plantes (coquelicots, bleuets...). De même, des graines peuvent transiter avec des marchandises comme le Séneçon du cap (Senecio inaequidens) qui a profité des déchets de laine de l'industrie textile au 18e et 20e siècle pour s'installer dans toute la France avec un impact notable sur la biodiversité.

Introduction volontaire

Malheureusement, cela représente 2/3 des introductions de plantes invasives. Il s'agit des plantes ornementales qui représentent 40% des introductions (jardins de particuliers, collectivités avec les ronds-points notamment…). Et de l'aquariophilie lorsque le contenu de l'aquarium est jeté dans le milieu naturel ! Attention : toutes les plantes ne sont pas invasives. Seule 1 plante introduite sur 1000 devient invasive. Pour qu'une plante devienne invasive, il lui faut des caractéristiques intrinsèques et des milieux favorables à sa reproduction et sa dispersion. Les plantes invasives se caractérisent par :

·         une production de graines très importantes

·         une croissance rapide et une multiplication végétative

·         une capacité de dispersion à longue distance

·         une résistance aux perturbations

Tandis que les milieux envahis présentent les traits suivants :

·      un milieu perturbé et riche en ressources nutritives

·      des espèces résidentes peu compétitives

·      des milieux favorables connectés (berges de rivières, bords de routes)

Les conséquences des plantes invasives

Les plantes invasives provoquent trois types d'impacts : environnementaux, sanitaires et économiques.

Les impacts environnementaux

Les plantes invasives éliminent les espèces indigènes, réduisent la richesse et la diversité floristique. La griffe de sorcière (Carpobrotus) par exemple peut provoquer une baisse de 60% des espèces d'un milieu. Certaines plantes peuvent modifier l'écosystème en profondeur comme les renouées. Celles-ci provoquent un changement des propriétés physico-chimiques du sol et le cycle des nutriments. De plus, les feuilles des années précédentes modifient la structure du sol (litière).

Les impacts sanitaires

L'ambroisie à feuilles d'armoise (Ambrosia artemisiifolia) est une des plantes les plus symboliques de l'impact sur la santé humaine. C'est une plante annuelle introduite avec des semences de trèfle vers 1863. En 150 ans, elle s'est fortement développée surtout dans la vallée du Rhône, mais aussi dans l'Allier, la vallée de la Loire. Des spots sont observés ailleurs en France. Le pourcentage de personnes allergiques s'élève de 6 à 12% mais il pourrait augmenter pour atteindre 25% comme en Hongrie. Les solutions de lutte doivent être mixées. Parmi elles : l'alternance des cultures, l'arrachage manuel de l'ambroisie lorsque cela est possible, le binage (casser la croûte du sol), les tournesols tolérants à des désherbants de post-levée...

La Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) s'élève à 3-4 mètres de haut. Introduite comme plante ornementale, c'est une plante mellifère c'est-à-dire bonne pour les abeilles. Cependant son pullulement affecte la santé humaine. Ses composés photosensibles en combinaison avec le rayonnement ultraviolet entraînent des affections de la peau. Ces dermites sont d'intensités variables : du simple érythème jusqu'à l'apparition de vésicules voire de bulles. On observe entre 500 à 1000 cas par an en Belgique.

Le Datura : l'herbe du diable, l'herbe des sorciers, la trompette de la mort. Comme ses différents noms l'indiquent, c'est une plante très toxique originaire d'Amérique qui affecte la qualité sanitaire des récoltes. C'est un vrai poison. On peut la retrouver dans les cultures semées au printemps (maïs, tournesol), dans les cultures pérennes (vignes, vergers), friches et bords de routes. Il peut arriver que le consommateur en retrouve dans des boîtes de haricots provoquant ainsi des intoxications. Via les tourteaux, il est également toxique pour les animaux. Les chevaux de course y sont très sensibles. Des contrôles anti-dopage sont d'ailleurs effectués ! Le Datura pose de gros problèmes agronomiques : il se rapproche du tournesol. Avec sa racine pivotante, bien ancrée dans le sol, il résiste aux conditions sèches. Il peut aller de 30 cm à 2 mètres de haut. Le Datura doit être géré en curatif en binant et en détruisant les premières adventices. Les désherbants de post-levées (c'est-à-dire une fois que le tournesol a levé) permettent d'avoir des résultats très satisfaisants tout en favorisant le binage. Ces désherbants bénéficient d'un plan d'accompagnement pour favoriser les bonnes pratiques (allongement des rotations…).

Les impacts économiques

L'ambroisie envahit les champs (perte de rendement dans les parcelles de tournesol). Certaines plantes peuvent avoir un impact dans les prairies. Non seulement elles sont moins attirantes pour le bétail (problème d'appétence) mais elles peuvent être toxiques. D'autres plantes envahissent les milieux aquatiques empêchant ainsi les activités touristiques (c'est le cas de la garance voyageuse). L'orobanche est un parasite présent depuis le 18e siècle dans les cultures de brassicaceae. Depuis 50 ans, il se développe dans le colza et impacte plus particulièrement le Poitou-Charentes. 150 000 hectares se surface agricole utile (SAU) seraient potentiellement concernés par l'extension du parasite. Ce dernier ayant le même cycle que le colza – de l'ordre de 7 à 8 mois - les pertes de rendement sont de 30 à 100% pour cette culture. Le parasite attaque également le chanvre, le tabac et le tournesol. Son potentiel de germination est de 10 ans. Son pouvoir de dissémination est énorme (bottes, machines…). Un plan de prophylaxie a été mis en place avec des règles de bonne conduite pour éviter que le parasite ne se développe : limiter les échanges de matériel agricole entre parcelles infestées et saines, limiter les cultures sensibles, allonger les rotations, nettoyer le matériel après usage, enfouir les résidus de culture après récolte, contrôler les lots de semences (pour le chanvre), utiliser si possible des cultures dites "faux hôtes" (germination des graines, mais pas de développement du parasite) comme le lin ou le maïs, ou encore de préférer les semis de début septembre. Au final, les plantes invasives coûtent environ 12 milliards d'euros par an à l'échelle de l'Union Européenne selon une estimation de l'Ecological Society of America de 2009. Rien qu'à l'échelle de la seule région des Pays de la Loire, l'arrachage de la Jussie, une plante aquatique très dense, s'élève à 360 000 euros par an.

Comment lutter contre les plantes invasives ?

Le Symposium international (4th International Symposium on Weeds and Invasive plants) qui s'est tenu à Montpellier du 18 au 23 mai 2014 insiste sur la nécessité de privilégier la prévention. Celle-ci repose sur la sensibilisation du plus grand nombre et par une réglementation adaptée. Ainsi 2 jussies sont-elles interdites à la vente et à l'introduction dans le milieu naturel. Une proposition de règlement européen (concernant animaux et plantes) votée le 16 avril 2014 par le Parlement devrait être adoptée par la Commission d'ici à la fin de l'année 2014. La date de sa transposition en droit français est pour le moment floue. En complément de la réglementation, la prévention (réseau de surveillance, code de bonne conduite de jardinerie…) et l'éradication précoce de ces plantes en milieu naturel sont plus rentables à moyen et long terme qu'appliquer une gestion curative (confinement…). Cependant, pour les espèces largement présentes comme l'ambroisie et la renouée du Japon, il est impossible de les éradiquer. L'enjeu est donc de les gérer. Il est nécessaire de promouvoir des mesures de gestion durable qui s'intègrent dans le plan Ecophyto. Ce qui impose d'agir le plus tôt possible. Parmi les voies à développer, la lutte biologique peut parfois être intéressante en réintroduisant l'ennemi naturel qui permet de maintenir la plante à un bas niveau de nuisance. La lutte biologique va maintenir la plante invasive à même niveau de nuisance mais ne pourra pas l'éradiquer. C'est par la combinaison des moyens de lutte et en mettant à disposition une boîte à outils la plus complète possible que les acteurs de terrain avec en premier chef les agriculteurs pourront lutter efficacement.

Enfin, plusieurs réseaux de surveillance existent en France :

·         Milieux agricoles : SRAL (Service régional de l'Alimentation) et FREDON (santé du végétal), Chambres d'agriculture, instituts techniques

·         Milieux aquatiques : ONEMA (Office National de l'Eau et des Milieux Aquatique), Agences de l'eau

·         Milieux naturels : FCBN (Fédération des Conservatoires Botaniques Nationaux), réseaux de botanistes amateurs.