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Algues marines d'El Jadida

Gelidium spp.

 

Dernière mise à jour : 16/05/2013 à 15:00 par Mathieu Catinaud

Nos côtes possèdent le gisement naturel le plus important au monde en algues rouges gélidium. Des milliers de familles vivent du ramassage de ces algues et les industries de transformation emploient plusieurs centaines de Marocains. Cependant, cette ressource s'épuise dangereusement et malgré l'instauration de quotas, les abus persistent.  

Une mère et ses deux filles récoltent des algues rouges sur la côte de Moulay Abdellah.

 



Pour cause de surpêche et d'immobilisme de la part des autorités, les algues rouges
ont sensiblement diminué dans les eaux marocaines. /DR

Le produit phare des Doukkalas s'étend sur les 150 km du littoral de la province d'El Jadida : les algues rouges Gélidium font le bonheur des ramasseurs jdidis.

Cette espèce est prisée pour sa richesse en gélose, ou agar-agar. Transformé, ce produit sert de gélifiant naturel, utilisé notamment pour la confection de confitures ou de cosmétiques.

Entre le 1er juillet et le 30 septembre, des milliers de nos concitoyens se transforment en pêcheurs, plongeurs ou ramasseurs de ces trésors rouges dont le prix au kilo ne dépasse cependant pas les 4 dirhams.

Avec des barques transportant quatre personnes, les ramasseurs peuvent cueillir près de deux tonnes par jour, leur rapportant jusqu'à 1.000 dirhams quotidiennement. Ceci explique la grande popularité de cette activité durant l'été.

Il s'agit cependant d'un travail dangereux et exténuant, les plongeurs allant gratter les rochers parfois jusqu'à 10 mètres de fond pour les plus téméraires. “Un vrai travail de forçat”, selon Michel Amengual, journaliste.

Le Maroc exporte 40% de sa récolte, le reste de la collecte étant transformé directement chez nous à la Setexam. Cette usine installée à Kénitra depuis 55 ans est la seule qui tourne encore.

Une filière en danger

Ouvert à l'exportation en 1995, le secteur a en effet connu une flambée de la demande. Le ramassage se fait sans se soucier du rythme naturel de régénération des algues gélidium. Résultat, ses ressources connaissent une baisse dangereuse depuis 2005, année où 8.500 tonnes de produit brut ont été exportées.

“Le rythme d'arrachage ne doit pas dépasser le rythme d'accroissement naturel. Il faut arrêter les fantasmes. On ne peut plus continuer à exporter toujours plus. Il faut avoir une pensée à long terme et ne pas tuer la poule aux œufs d'or.”

Rachid Lebbar, président de la société Setexam

Survie des familles ou préservation de la bio-diversité ?

“On n'a plus le choix. Si l'on continue de ramasser à outrance cette richesse, on va la perdre”, tempête Rachid Lebbar.

Depuis 2010, et l'intégration de la protection de l'espèce dans le plan Halieutis, des quotas ont été mis en place. Aujourd'hui, 70% des objectifs de ce programme de protection de l'algue rouge gélidium a été atteint. Les professionnels parlent de refixation afin d'assurer du travail à ces familles et de laisser remonter les quantités nécessaires à la préservation de la biodiversité.

Mais d’irréductibles collecteurs continuent de piller cette richesse afin de répondre à la demande grandissante de l'extérieur. Rachid Lebbar prône, au même titre que bons nombres de dirigeants volontaires, une vraie sensibilisation sur la question. “Tout le monde ne joue pas le jeu. Il faut que les récalcitrants soient raisonnables”, interpelle t-il.

Setexam, qui se limite à 800 tonnes de matières premières traitées à l'année, montre la voie à suivre pour valoriser le produit algues rouges et non plus exporter simplement. “Il faut maintenant que l'Etat poursuive sa politique volontariste”, conclut le président de Setexam, optimiste pour l'avenir de la filière et la protection d'une des nombreuses richesses de notre littoral.

Une alternative durable

Michel Amengual, journaliste et spécialiste de la région Doukkala-Abda, va dans le sens de Rachid Lebbar: “la solution dépend d'un réel choix politique”.
Dans l'expectative, il propose également une alternative. “Les pays européens produisent leurs gélifiants à partir de la fève du caroubier” reprend M. Amengual. En effet, la gomme de cet arbre possède les mêmes caractéristiques de fixateur que les algues gélidium.
“En distribuant des graines de caroubier aux Doukkalas, on enrichit la terre, le paysan, et l'on protège la mer” conclut Michel Amengual.