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Sommet de la Terre

Rio+20 : un sommet de la Terre crucial déjà voué à l'échec ?

Auteur : Christophe Magdelaine

                En 1992, se tenait à Rio de Janeiro (Brésil), le 3ème sommet de la Terre. 20 ans plus tard, le sommet de la Terre 2012 se réunit de nouveau dans la capitale brésilienne dans un contexte d'urgence environnementale sans précédent pour l'humanité.

                Rio+20 se tient 20 ans après la conférence internationale Eco92 ou "Sommet de la terre de Rio", porteur des grands fondamentaux du développement durable : biodiversité, climat, agenda 21. Considérée comme une étape, cette première conférence a pointé du doigt la responsabilité des pays industrialisés et permis aux "pays du Sud" de s'organiser pour faire entendre leur voix.

Depuis 1972 , tous les 10 ans, un sommet de la Terre est organisé. Le dernier en date a eu lieu à Johannesburg en 2002 et avait abouti à une "Déclaration de Johannesburg sur le développement durable".

Bienvenue dans l'Anthropocène !

                L'état de notre planète est désastreux : changement climatique global, extinction massive de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles,  trou persistant dans la couche d'ozone, déforestation, érosion des sols, désertification, zones interdites suite à des accidents nucléaires, continents de déchets flottants, nuages de pollution de la taille d'un pays, acidification sans précédent des océans... Ces atteintes à notre support de vie exposent de plus en plus les populations aux catastrophes naturelles. En effet, depuis 1992, 64% de la population mondiale, soit 4,4 milliards de personnes, ont été directement touchées par des catastrophes naturelles (UNISDR).

                Dans le même temps, la forte croissance démographique engendre une augmentation de la demande en nourriture, eau, énergie et biens de consommation à un niveau tel que des milliards de personnes ne peuvent y avoir accès. Pour y répondre, les décideurs et les intérêts privés n'hésitent pas à exploiter et à sacrifier les dernières ressources naturelles limitées de notre planète via des techniques irresponsables : sables bitumineux, gaz de schiste, agriculture intensive polluée aux pesticides, élevages industriels dignes de la pire barbarie...

Cette pression démographique et l'urbanisation sont telles que nous devons bâtir chaque semaine l'équivalent d'une ville d'un million d'habitants ! Comment la Terre peut-elle supporter une population qui va croître de 7 à 9 milliards d'habitants dans le cadre d'un modèle de développement axé sur la surconsommation ? C'est tout simplement impossible ! Ces défis qui menacent l'existence durable même de l'humanité n'ont cessé d'être ignorés, minimisés, bafoués de sorte que nous sommes à l'aube d'un basculement irréversible : « L'influence de l'homme atteint une ampleur telle qu'elle laisse supposer l'avènement d'une nouvelle ère géologique, l'Anthropocène, où l'humanité constitue une force planétaire géologique » (Johann RockstRöm, Directeur de l'Institut de l'environnement de Stockholm[1])

Les neuf seuils planétaires

                Pour identifier les processus environnementaux qui déterminent la stabilité des éléments du système terrestre, le concept de "seuils planétaires" a été mis en place. Il s'agit de limites, de seuils critiques à ne pas dépasser afin d'éviter des points de basculement susceptibles de causer des perturbations soudaines et délétères aux niveaux régional et mondial.

Trois seuils caractérisent les patrimoines mondiaux :

  • changement climatique ;
  • appauvrissement de la couche d'ozone ;
  • acidification des océans.

                Quatre autres désignent certains processus régulateurs qui déterminent la résilience des principaux biomes (et, en fin de compte, du système terrestre) :

  • changements d'exploitation des sols ;
  • consommation d'eau douce ;
  • taux de diminution de la biodiversité ;
  • interférences humaines avec les cycles mondiaux de l'azote et du phosphore.

                Enfin, les deux derniers sont axés sur la pollution :

  • pollution chimique par les aérosols ;
  • pollution atmosphérique par les aérosols.

                Aujourd'hui, déjà trois seuils ont été franchis :

  • le changement climatique avec le dépassement d'une concentration de 350 ppm de CO2[2] ;
  • l'appauvrissement de la biodiversité : la sixième extinction massive est déjà entamée ;
  • l'extraction de l'azote de l'atmosphère avec les cultures intensives

                « Cela nous place dans une zone glissante et dangereuse où les points irréversibles ne sont pas à exclure : la fonte accélérée des glaces dans l'Arctique est sans doute le signe annonciateur précoce d'une telle dynamique non linéaire. » souligne Johann RockstRöm.

Le sommet de la Terre Rio+20 au cœur de toutes les attentions

                La Conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20), qui se tient au Brésil du 20 au 22 juin 2012, vise à assurer le renouvellement de la mobilisation politique en faveur du développement durable. Il s'agit également d'une opportunité sans précédent de relever les nouveaux défis en vue de construire un avenir durable pour l'humanité. Ce sommet de la Terre est un grand processus intergouvernemental auquel les ONG et les entreprises sont associées. Au final, un mémorandum doit poser les grands principes de l'après-Rio, sur le plan social, environnemental et économique. Que ce soit pendant ou en dehors des négociations officielles, de nombreux engagements et initiatives d'envergure devraient être annoncés pendant la Conférence Rio+20, à commencer par l'adoption d'actions visant à réduire la faim et la pauvreté de manière drastique, à améliorer l'état des océans et à appuyer l'Initiative du Secrétaire général pour l'énergie durable pour tous. Les gouvernements, les entreprises et les organisations de la société civile, entre autres, devraient annoncer de nouvelles initiatives et prendre de nouveaux engagements pour faire du développement durable et de l'économie verte une réalité. Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon a déclaré que Rio+20 était une opportunité unique à l'échelle d'une génération pour réaliser de réels progrès vers une économie durable. « Cela peut nous aider à construire un monde plus équitable – un monde de prospérité plus grande et inclusive et de croissance dynamique verte pour une planète en meilleure santé. ». « Le succès de Rio+20 sera mesuré par les transformations que la Conférence aura réussi à initier, les vies qui auront été améliorées. Notre espoir pour la prospérité, la santé et la stabilité reposent sur la capacité de trouver un moyen d'intégrer les piliers économiques, sociaux et environnementaux. Le développement durable est l'idée de notre époque. C'est l'avenir que nous voulons », a insisté le Secrétaire général.

La Conférence Rio+20 a trois objectifs principaux :

  • Garantir le renouvellement des engagements politiques concernant le développement durable
  • Évaluer les progrès réalisés à ce jour et les lacunes qui subsistent dans la mise en œuvre des résultats des grands sommets sur le développement durable
  • Aborder les défis émergents.

La conférence est axée sur deux thèmes majeurs :

1.     une économie verte dans le contexte du développement durable, de l'éradication de la pauvreté et de la faim

2.     le cadre institutionnel du développement durable.

                En amont de l'ouverture du sommet de la Terre, des sessions de travail du Comité préparatoire de la Conférence de Rio+20 ont eu lieu. Elles ont permis aux 193 états membres d'entamer le projet de document final qui doit conclure cette conférence mondiale. Brice Lalonde, Secrétaire exécutif de la Conférence de Rio+20 avait alors déclaré à la radio des Nations Unies : « J'estime qu'il existe un véritable dialogue, plus de confiance, et une véritable volonté de trouver un terrain d'entente commun ». Il avait ajouté : « Il faut surtout que 98% du texte final soient acceptés par les négociateurs comme étant la déclaration finale sur laquelle les 193 États membres doivent se mettre d'accord avant le 20 juin prochain. Le texte final doit être le plus clair possible pour les chefs d'États, afin qu'ils puissent trancher sur des engagements qui permettront de sauver la planète ». Le ferme engagement de la société civile et du secteur privé est essentiel à la mise en œuvre des recommandations qui seront adoptées à Rio, avait ajouté Brice Lalonde. En effet, contrairement au sommet de la Terre de 1992, Rio+20 accueille, en plus des gouvernements, de nombreux représentants de la société civile et du secteur privé. Plus de 50 000 participants se pressent au plus important sommet de la Terre jamais mise en oeuvre.

Rio+20 : un sommet de la Terre déjà voué à l'échec ?

                Comme la plupart des sommets intergouvernementaux qui se penchent sur l'état de notre planète, ils suscitent d'importantes aspirations, presque toujours déçues, attisant, du coup, de nouveaux espoirs pour le sommet suivant.

Des ONG dénoncent la main mise de grandes multinationales sur les négociations des Nations Unies

                Pour autant, environ 400 organisations de la société civile ont signé une déclaration - initiée par les Amis de la Terre International et neuf autres organisations - dénonçant la domination de l'ONU par les entreprises. Nnimmo Bassey, président des Amis de la Terre International, s'insurge : « Il est inacceptable que des entreprises telles que Shell, qui provoquent des pollutions massives et violent les droits de l'Homme, soient aux commandes des processus de décision sur le développement durable. Ca nous mène tout droit à la catastrophe pour notre planète et pour les peuples. Les entreprises polluantes ne devraient pas aider à faire les lois, elles devraient y être soumises. ». En effet, un nouveau rapport des Amis de la Terre montre que l'ONU a travaillé en étroite collaboration avec de grandes entreprises et a ainsi développé et promu le concept d'"économie verte", consistant à vendre la nature et les populations et à verdir un système économique injuste et insoutenable au détriment du développement durable. « Les nombreux exemples de l'influence des entreprises sont préjudiciables à la qualité du travail réalisé par de nombreux organismes et fonctionnaires des Nations unies à travers le monde pour la protection et l'autonomisation des populations. Permettre que cela se produise revient à faire courir un risque à la crédibilité et à l'intégrité de l'ONU et de ses Etats membres. Au final, ces pratiques menacent de saper la mission de l'ensemble du système des Nations unies. C'est pourquoi elles doivent être arrêtées », conclut Juliette Renaud, chargée de campagne Finance privée au sein des Amis de la Terre France.

Un premier projet de document final sans ambition

                Malheureusement, d'ores et déjà, le projet de document final s'annonce comme bien en-dessous des défis comme en témoigne la réaction de Jim Leape, Directeur général du WWF International : « Après une session très tardive de négociations, le texte révisé s'annonce comme un échec majeur en termes de leadership et de vision de la part des diplomates. Nos dirigeants devraient être embarrassés devant leur inaptitude à trouver un terrain d'entente sur un enjeu aussi crucial. Il est maintenant temps pour les leaders mondiaux de prendre le développement durable au sérieux et surtout de sauver ce processus de négociation. S'ils approuvent ce qui est actuellement sur la table sans y apporter de changements significatifs, ils condamnent la conférence Rio+20 au ridicule. Alors que des mots plutôt faibles ont été supprimés, les diplomates pratiquent maintenant la langue de bois... Et utilisent des formules alambiquées comme 'engagés à réaliser progressivement' ou font de nombreuses promesses de 'reconnaître' les problèmes et leurs solutions. Il y a 20 ans, les leaders mondiaux ont 'reconnu' les problèmes, mais ils n'ont pas fait grand-chose depuis. Pendant combien de temps allons-nous encore accepter la réponse 'nous allons y réfléchir' comme une solution ? »

 

Notes

1.     Des seuils communs - PNUE

2.     Parties par million. Les concentrations de CO2 ont déjà dépassé les 390 ppm