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Réchauffement climatique

Le réchauffement climatique

            2011 a bien été l'année la plus chaude depuis 1900 en France avec une température moyenne de 13,6°C (+ 1,5°C par rapport à 2010). Au niveau mondial, une étude publiée en décembre dernier dans la revue scientifique de référence "Environmental Research Letters", montre que le réchauffement climatique mondial se poursuit inexorablement depuis 30 ans.

Cette étude dirigée par Stefan Rahmstorf et Grant Foster a analysé l'évolution du réchauffement climatique de 1979 à 2010 en distinguant les facteurs naturels et l'impact des activités humaines. Pour évaluer rigoureusement le poids des phénomènes naturels sur le climat, ces scientifiques reconnus ont reconstruit les courbes de températures grâce aux données obtenues conjointement par satellites et par le réseau mondial de stations météorologiques. Ils ont ainsi pu démontrer que l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines a entraîné une hausse des températures mondiales comprise entre 0,14 et 0,18 degré celsius par décennie depuis 30 ans.

Cette étude remarquable qui intègre l'activité solaire et le phénomène "Nina" montre que 2011 est bien l'année la plus chaude jamais enregistrée sur terre. L'étude n'est guère optimiste et prévoit que, sans une rupture par rapport aux objectifs internationaux (qui représentent à peine plus de la moitié de l'effort minimum à effectuer pour limiter le réchauffement climatique à 2-3° d'ici 2050), l'accélération du réchauffement planétaire va se poursuivre au cours de ces prochaines années avec son cortège de conséquences désastreuses et d'épisodes extrêmes que nous pouvons déjà constater.

Il n'y a pourtant aucune fatalité dans cet enjeu majeur du climat et l'homme peut encore, sans mettre en œuvre des efforts démesurés sur le plan économique, technologique et financier, éviter le pire. C'est ce que montrent plusieurs études distinctes mais parfaitement convergentes. La première, de grande ampleur, vient d'être publiée dans "Science" (Simultaneously Mitigating Near-Term Climate Change and Improving Human Health and Food Security et What can be done to slow Climate Change?).

Cette étude rappelle que depuis un siècle, la température moyenne à la surface de Terre a connu une hausse de 0,8 degré, dont plus des deux tiers au cours des trente dernières années. L'étude souligne également que les quantités considérables de CO2 émises par l'homme (elles ont été multipliées par dix depuis 70 ans) s'accumulent dans l'atmosphère pendant plusieurs centaines d'années, contribuant puissamment à accroître l'effet de serre et le réchauffement climatique.

De manière très pragmatique, l'étude a modélisé les effets de la mise en œuvre de plus de quatre cents mesures destinées à l'ensemble des émissions polluantes. Au final, les chercheurs ont sélectionné 14 mesures considérées comme les plus efficaces à court terme : toutes ces mesures visent à réduire fortement les émissions humaines ou animales de méthane (CH4), un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le COet les émissions de suies qui sont des particules résultant de combustions incomplètes en suspension dans l'atmosphère.

Concrètement, l'étude préconise la généralisation des dispositifs de capture du méthane dans les mines de charbon et les raffineries de pétrole et l'amélioration des réseaux de transport de gaz naturel. Un effort important est par ailleurs envisagé en matière d'agriculture et d'élevage : l'étude propose de revoir complètement la gestion des effluents du bétail, de mettre en place le drainage systématique des rizières, de généraliser les filtres à particules de nouvelle génération sur les véhicules diesel et de mettre fin à la culture sur brûlis.

En réduisant de façon sensible nos émissions de méthane et de suie, nous ferions d'une pierre trois coups : en matière de climat, ces mesures permettraient de limiter le réchauffement à 0,8°C d'ici à 2060, au lieu des 1,3°C prévu. En matière de rendement agricole global, ces mesures permettraient une hausse de la production agricole mondiale de plusieurs dizaines de millions de tonnes par an et constitueraient donc un puissant levier pour nourrir correctement les neuf milliards d'humains qui vivront sur terre au milieu de ce siècle. Enfin, en matière sanitaire, cette réduction de nos émissions de carbone et de suies aurait un impact non moins considérable et permettrait d'éviter jusqu'à 4 millions et demi de morts prématurées par an, notamment en Asie.

Il faut toutefois bien comprendre qu'une telle stratégie ne nous dispenserait absolument pas de réduire massivement nos émissions de CO(actuellement 31 milliards de tonnes par an, soit 4 tonnes et demi par terrien) si l'on veut à terme éviter un réchauffement catastrophique de 4 à 6°C d'ici la fin du siècle. Selon une autre étude réalisée en 2007 par l'Université de Stanford, le CO2 contribue pour moitié au réchauffement climatique, suivi par les suies (16 %) et enfin par le méthane, pour 14 %.

Cette étude nous révèle également qu'en utilisant uniquement des technologies existantes, il serait possible de réduire les émissions de méthane émis de 40 % et que la mise en œuvre de ces 14 mesures aurait un coût économique tolérable : en effet la plupart de ces mesures ont un coût maximum de 250 dollars la tonne de méthane, ce qui est plus de dix fois inférieur aux immenses bénéfices qui pourraient être obtenus en matière de santé et d'environnement. L'étude prend un exemple concret : les poêles et fours à charbon de bois sont utilisé par trois milliards d'humains pour faire cuire les aliments et sont responsables d'au moins deux millions de décès prématurés par an.

Il est frappant de constater que cette vaste étude rejoint les conclusions d'un rapport réalisé en 2009 par le cabinet McKinsey. Cette étude concluait également que si l'ensemble des options technologiques disponibles étaient utilisées, les émissions mondiales de gaz à effet de serre pourraient être réduites de 40 % par rapport à 1990 d'ici à 2030, ce qui permettrait de limiter la hausse de la température mondiale à moins de 2°C. Selon cette étude, le coût global de ce plan mondial serait bénéfique avec un baril à plus de 100 dollars, ce qui est aujourd'hui le cas. Cette étude pointait trois grands leviers pour s'attaquer efficacement au réchauffement de climat : premier levier (un tiers de l'effort à produire), la sobriété et l'efficacité énergétique, second levier (28 % de l'effort global), un investissement massif dans les énergies renouvelables (éolien, biomasse, géothermique, solaire, mer) et les biocarburants de 2ème et 3ème génération, issus du bois et des algues et enfin, troisième levier, une réorientation de la gestion de la forêt, de l'élevage et de l'agriculture ( 28 % de l'effort total).

En moins de deux siècles, l'espèce humaine a conquis un pouvoir déterminant sur le climat mondial, ce qui constitue une rupture majeure de civilisation. Comme le souligne Richard Alley, de l'Université de Pennsylvanie "En décuplant nos émissions de CO2 depuis moins d'un siècle, nous sommes en train de modifier pour les siècles à venir, et à un rythme jamais vu, le climat de la planète".

Il est intéressant de constater que, face à la réalité et à la rapidité du réchauffement climatique mondial, de plus en plus difficile à nier ou à contester, les climato-sceptiques ont été contraints de changer de stratégie. La plupart d'entre eux ne contestent plus la réalité de ce réchauffement mais ils déplacent le débat sur la responsabilité de l'homme dans ce phénomène. Selon eux, ce réchauffement serait "naturel" et l'homme n'y serait pour rien ou aurait une responsabilité marginale dans son accélération. Partant de cette thèse, il serait donc inutile, voire dangereux pour nos économies et nos modes de vie, de prendre des mesures de réduction de nos émissions de gaz à effet de serre et il suffirait finalement d'attendre que le climat s'autorégule.

Mais, comme nous venons de le voir en évoquant quelques unes des dernières études sur ce sujet, cette négation de la responsabilité humaine en matière de réchauffement climatique est une position qui devient, elle aussi, de moins en moins tenable scientifiquement face à l'accumulation des faits et aux progrès de la connaissance du fonctionnement globale de notre planète. Il est peut-être temps d'admettre enfin que nous sommes en train d'entrer, comme le pense Paul Crutzen, prix Nobel de chimie, et un nombre croissant de scientifiques, dans l'ère de l'anthropocène, une nouvelle ère géologique qui pourrait être prochainement reconnue par la communauté scientifique internationale et qui se caractérise par l'influence majeure que détient à présent l'espèce humaine sur sa planète, par rapport aux forces et phénomènes naturels et géologiques.

Cette nouvelle puissance, sans précédent dans la longue histoire de l'homme, nous confère évidemment une responsabilité immense et un devoir d'agir pour éviter que le pire n'advienne. Nous savons maintenant que le coût de l'inaction sera infiniment plus grand et désastreux pour l'homme et l'ensemble du vivant que celui d'une action résolue et durable pour maîtriser l'évolution du climat. Contrairement à ce que veulent nous faire croire les climato-sceptiques, il n'y a pas de fatalité, l'avenir n'est jamais écrit et même si l'homme est confronté à des forces naturelles et cosmiques qui le dépassent, il n'est pas pour autant condamné à l'inaction et à l'impuissance. Nous ne ferons pas disparaître ce défi climatique en nous mettant la tête dans le sable mais en le comprenant et en l'affrontant avec toute notre intelligence, notre imagination et notre pugnacité, en nous inspirant de ce qu'écrivait Sénèque il y 2000 ans : "Ce n'est pas parce que c'est difficile que nous n'osons pas mais parce que nous n'osons pas que c'est difficile".

René TREGOUËT : Sénateur honoraire, fondateur du Groupe de Prospective du Sénat. 2012

Vers un réchauffement climatique de 5°C

Auteur : Christophe Magdelaine (07 janvier 2013)

Le Global Carbon Projet (GCP) publie chaque année dans la Revue Nature Climate Change une analyse des émissions globales de carbone issues de la combustion d'énergies fossiles. Les résultats une nouvelle fois décevant de 2012 montrent que des mesures d'atténuation du changement climatique sont plus que jamais indispensables et urgentes pour éviter une dangereuse augmentation des températures.

Une augmentation continue des émissions de CO2

Selon l'étude du GCP, les émissions de dioxyde de carbone ont augmenté de 3% en 2011 pour atteindre 34,7 milliards de tonnes, et devraient avoir augmenté de 2,6% en 2012. Ainsi, de 2000 à 2011, la croissance des émissions mondiales a été de 3,1% par an en moyenne, loin des réductions envisagées par le protocole de Kyoto. En effet, les émissions auraient dû être stabilisées à leur niveau de 1990. Si la tendance se poursuit, la température globale moyenne augmentera probablement de 5°C en 2100. 

Ainsi, les émissions mondiales de CO2 continuent de suivre les scénarios d'émissions les plus pessimistes (dits « business as usual »), accroissant l'écart entre les émissions actuelles et celles nécessaires pour contenir le réchauffement à 2°C[1].

Un espoir incertain : les avancées technologiques futures 

Il semblerait que nous nous reposions désormais sur les avancées technologiques à long terme, telle que la capture et le stockage de carbone (CSC). Or, le CSC est pour l'heure très coûteux. Il est donc expérimenté essentiellement dans des pays riches : Norvège, Allemagne, Canada, USA, Danemark, etc. "Nous nous reposons en effet sur des technologies qui doivent être développées, ce qui nous amène à d'importantes incertitudes, notamment de savoir à quel point elles pourraient contribuer à une atténuation future du changement climatique." a déclaré le directeur de l'étude, Glen Peters du CICERO[2]. 

L'inertie mondiale empêche des mesures d'atténuation du changement climatique

L'augmentation continue des émissions de dioxyde de carbone confirme les effets de la crise financière, et pourrait nous maintenir définitivement dans l'un des pires scénarios. "Il y a une inertie considérable dans les systèmes politiques, techniques et sociaux, et même si un accord global ambitieux était trouvé à Doha, cela pourrait prendre plus d'une décennie avant que les émissions commencent à diminuer." écrivait le co-auteur de l'étude, Robbie Andrew du CICERO, avant la tenue de la 18e conférence sur le climat qui s'est tenue à Doha (Qatar) du 26 novembre au 7 décembre 2012. Malheureusement, la conférence de Doha n'a donné lieu qu'à un maigre accord arraché de justesse aux pays réfractaires.

Toutefois, les efforts de transition énergétique menés par le passé en Belgique, au Danemark, en France, en Suède et au Royaume-Uni ont conduit les émissions à diminuer de 5% par an sur une décennie, même sans politique climatique. Le GCP oublie toutefois que les émissions  de ces pays ont été réduites également grâce à la délocalisation d'un grand nombre d'activités industrielles et manufacturières dans les pays en voie de développement.

"Étendre des transitions énergétiques similaires à plus de pays pourrait relancer l'atténuation globale à moindres coûts. Maintenir et approfondir ces transitions énergétiques dans un grand nombre de pays demanderait que des politiques soient menées avec énergie et détermination" a déclaré Glen Peters. "Les troubles économiques incessants dans les pays développés ont réduit les émissions, mais ces effets sont plus que compensés par la forte croissance des émissions dans les économies en développement comme la Chine."

L'étude montre que les émissions globales en 2011 ont augmenté de moitié par rapport à celles de 1990, date de référence du Protocole de Kyoto. Quelques pays développés en Europe ont largement stabilisé leurs émissions en dessous des niveaux de 1990, l'essentiel de la croissance des émissions venant des économies émergentes.

La Chine, premier pollueur mondial, émet de plus en plus de CO2

En 2011, la Chine rejettait plus de 9 milliards de tonnes de dioxyde de carbone, loin devant les Etats-Unis (5,4 milliards de tonnes), l'Inde (2,3 milliards de tonnes), la Russie (1,7 milliard de tonnes), le Japon (1,2 milliard de tonnes) et l'Allemagne (0,7 milliard de tonnes). La France émettait 0,3 milliard de tonnes de CO2 en 2011.

Les émissions chinoises ont augmenté de 10% en 2011 (plus 800 millions de tonnes de carbone, l'équivalent de ce que l'Allemagne émet en un an). Désormais, La Chine émet autant que l'Union européenne sur une base par habitant, soit environ 36% de plus que la moyenne mondiale des émissions par habitant. Rappelons que depuis 2006, la Chine est devenue le premier émetteur de CO2 dans le monde.

"De fortes croissances des émissions dans les pays en développement changent en permanence la distribution mondiale des émissions, et les arguments d'équité qui étaient avancés en 1990 ne sont plus valables aujourd'hui" a déclaré Peters.

En effet, dans les années 1990, les pays en voie de développement représentaient seulement 35% des émissions globales de CO2, contre 58% en 2011 : dorénavant, les émissions de CO2 proviennent donc majoritairement des pays en voie de développement.

Un changement nécessaire et urgent, mais difficile à mettre en place

"Chaque année, l'augmentation des émissions rendent la cible des 2°C un peu plus difficile à atteindre. Le seul moyen envisageable de contenir le réchauffement à 2°C est de réduire les émissions globales, et ceci ne pourra arriver que si les plus grand émetteurs dans les pays développés et en développement mettent en place des mesures d'atténuations ambitieuses et continues." Or, déjà en 2011 l'Agence Internationale de l'Energie affirmait que l'objectif de 2°C était hors d'atteinte, ce qui ne laisse rien présager de bon pour la suite.

"J'ai peur que des les risques d'un changement dangereux du climat soient trop importants dans notre trajectoire actuelle", a déclaré Corinne Le Quéré, co-auteure de l'étude, directrice du Centre Tyndall pour la recherche sur le changement climatique à Norwich (Royaume-Uni) et professeure à l'université d'East Anglia (Norwich). "Nous devons inverser la tendance avant 2020, des pays l'ont déjà fait par le passé et nous pouvons le faire à l'échelle mondiale. Tout le monde a un rôle." a-t-elle ajouté.

Les concentrations en CO2 ont atteint 400 ppm : un pas dangereux vers le basculement climatique.

Les concentrations en CO2, le principal gaz à effet de serre, n'en finissent pas d'augmenter. Le seuil symbolique des 400 ppm vient d'être franchi, nous rapprochant dangereusement du point de basculement climatique de la Terre. Plus que jamais, la production énergétique sera la clé du destin de nos civilisations. 

En 1958, Charles David Keeling, un géochimiste américain, a initié les premières mesures suivies des concentrations en dioxyde de carbone (CO2), sur le volcan Mauna Loa à Hawaï. Celles-ci ont donné naissance à la célèbre "Keeling curve", la courbe d'évolution des concentrations en CO2.

Le CO2 est le principal gaz à effet de serre qui contribue au réchauffement climatique en cours. Il est massivement émis par les activités humaines et principalement lors de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz). Il est également issu de certains procédés industriels, la déforestation (pour plus de 15%) et l'agriculture intensive. Le CO2 est également émis par l'activité naturelle de notre planète : éruptions volcaniques, respiration des plantes et des animaux.

Les premières mesures effectuées en 1958 montrent que les concentrations étaient de 315 ppm (parties par million), déjà en augmentation par rapport aux teneurs estimées avant la révolution industrielle (avant le XIXe siècle) à 280 ppm.

L'évolution des concentrations en CO2 s'est ensuite accélérée, passant de 0,7 ppm par an à la fin des années 1950 à plus de 2 ppm par an au début des années 2000. De 330 ppm en 1974, les teneurs en CO2 ont atteint 370 ppm en 2001 et maintenant 400 ppm !

Les concentrations en CO2 ont finalement atteint 400 ppm !

Ainsi, le 9 mai 2013 précisément, la barre symbolique des 400 ppm a été franchie selon les enregistrements effectués sur l'observatoire du Mauna Loa, et confirmés par les mesures indépendantes de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) et du Scripps Institution of Oceanography (Etats-Unis).

Partout dans le monde, cette augmentation de la concentration en CO2 est enregistrée avec un léger décalage de quelques mois entre l'hémisphère Nord où a lieu la majorité des émissions et l'hémisphère Sud. Cette homogénéité dans les mesures montre la dimension planétaire de la dispersion du CO2, dont la durée de vie est de 125 ans, dans l'atmosphère. Dans l'océan, le CO2 piégé y reste pendant des milliers d'années, contribuant dangereusement à son acidification.

A ce titre, les politiques de diminution des émissions de CO2 n'ont de sens que si elles sont suivies par tous les pays industriels. Par conséquent, l'Europe ne peut prétendre être un modèle lorsqu'une grande partie de sa production manufacturière et industrielle a été délocalisée en Asie. Si les sources d'émissions de CO2 ne sont plus localisées en Europe, la pollution reste tout de même planétaire.

"Cet accroissement n'est pas une surprise pour les scientifiques," a indiqué Pieter Tans, scientifique sénior spécialisé dans la mesure des gaz à effet de serre à la NOAA. "C'est la preuve flagrante que la forte croissance des émissions mondiales de CO2 issue de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz naturel est le moteur de l'accélération". a-t-il ajouté.

Cette annonce est inquiétante car jamais, depuis les 800 000 dernières années, les concentrations en CO2 n'ont été si hautes. En effet, elles ont varié entre 180 ppm et 280 ppm selon que la Terre se trouvait dans une période glaciaire ou interglaciaire (comme l'Holocène actuellement).

De plus, le taux d'accroissement actuel des teneurs en CO2 est 100 fois plus rapide que celui qui prévalait lorsque le dernier âge glaciaire s'est terminé. A cette période, 5 000 ans s'étaient écoulés pour que la concentration en CO2 augmente de seulement 80 ppm...

Ralph Keeling, le fils de Charles David Keeling, également géochimiste au Scripps, poursuit l'oeuvre de son père décédé en 2005. Il a déclaré au moment où les 400 ppm ont été atteint : "Rien n'a interrompu la course du CO2 vers 400 ppm. C'est maintenant un fait accompli. Mais ce qui va se passer à partir de maintenant relève toujours du climat et est toujours sous notre contrôle. Reste à savoir dans quelle proportion nous continuerons à dépendre des énergies fossiles pour l'énergie".

Rappelons enfin que lors de la conférence de Cancún sur les changements climatiques qui s'est déroulée fin 2010, les états ont reconnu qu'il était impératif de diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 25 à 40 % d'ici à 2020 pour ne pas dépasser le seuil fatidique de 2°C d'augmentation de la température moyenne de la planète. Or, pour que cet objectif primordial soit accompli, il faudrait contenir à long terme la concentration en gaz à effet de serre à environ 450 ppm équivalent CO2.

Il nous a fallu seulement une génération pour augmenter les teneurs en CO2 de 50 ppm, c'est moins de ce qu'il nous reste avant que notre climat atteigne un point de basculement climatique où les conséquences sur les écosystèmes et les sociétés humaines seront dévastatrices.

Les recherches dans l'histoire climatique et géologique récente de la Terre nous montrent que de telles concentrations de CO2 ont déjà existé, au Pliocène, une ère géologique qui s'est déroulée entre 5 et 3 millions d'années avant l'Holocène.

Des estimations récentes suggèrent que les niveaux de CO2 y étaient alors de 415 ppm, ce que nous atteindrons dans moins de dix ans seulement. Les températures moyennes étaient alors de 3 à 4 degrés supérieures à celles que la Terre connait aujourd'hui (10° C de plus aux pôles) et le niveau de la mer étaient entre 5 et 40 m plus haut... Un monde radicalement différent et un défi colossal pour nos civilisations alors même que l'inertie de nos sociétés a sans doute déjà scellé notre destin.

Source : 

Cette recherche est basée sur la mise à disposition d'un grand ensemble de données par le GCP, publié simultanément dans Nature Climate Change et Earth System Science Data.

Sources

Notes

  1. Seuil de température à partir duquel le climat de la Terre pourrait basculer de manière irréversible. Les conséquences sur les écosystèmes et les sociétés humaines seront alors dévastatrices et hors contrôle.
  2. Center for International Climate and Environmental Research – Oslo : centre de recherch international sur l'environnement et le climat.

Face au réchauffement climatique et à la pollution mondiale, le nucléaire est-il l'ennemi absolu ?

Auteur : René TREGOUËT. Sénateur honoraire, fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

(Septembre 2013)

Au niveau mondial, on estime que la part du nucléaire représente un peu plus de 5 % de la consommation globale d'énergie et environ 11 % de la consommation mondiale d'électricité en 2012 (soit 2 350 TWh). Même s'il est vrai que cette part, après être montée à 16 %, est retombée à son niveau de 1999, en raison du gel ou du ralentissement des projets consécutif à la catastrophe de Fukushima, en mars 2011, il n'en demeure pas moins que la production électronucléaire mondiale représente encore, en valeur absolue, une quantité considérable d'énergie : à titre de comparaison, les 2 350 TWH par an produit par le nucléaire mondial représentent cinq fois la consommation électrique annuelle totale de la France !

En matière d'énergie, les choses ne sont jamais simples et l'exemple allemand est là pour nous le rappeler. En 2011, le gouvernement allemand décidait la sortie définitive du nucléaire, une décision qui va obliger l'Allemagne à accélérer considérablement le rythme de développement, déjà très soutenu des énergies renouvelables, principalement l'éolien et le solaire.

En 2013, on estime que l'Allemagne produit déjà 23 % de son électricité à partir des différentes énergies renouvelables mais, en raison du cadre législatif allemand qui garantit sur le long terme le prix d'achat des énergies renouvelables aux producteurs, la facture moyenne de ces énergies ne cesse de s'alourdir depuis quelques années, surtout pour les ménages.

En Allemagne, la facture moyenne annuelle d'électricité d'une famille est ainsi passée de 488 à 1006 euros entre 2000 et 2013 et aujourd'hui, pour un foyer allemand moyen de quatre personnes, le surcoût, lié à la taxe en faveur des énergies renouvelables, est estimé à plus de 200 € par an et devrait passer à 250 € dès l'an prochain. Si l'on compare à présent le prix de l'électricité pour les consommateurs dans les différents pays de l'Union européenne, on constate qu'il existe un écart considérable entre les pays, en fonction de leurs choix énergétiques. C'est ainsi qu'en France le prix de l'électricité reste l'un des plus bas d'Europe avec 14,5 centimes TTC du KWh, contre 18,4 en moyenne dans l'Union européenne et 26 centimes pour l'Allemagne… Le paradoxe de cette transition énergétique allemande est qu'elle ne se traduit pas pour autant par une réduction massive des émissions allemandes de CO2. Celles-ci, en dépit de la montée en puissance des énergies renouvelables, après avoir diminué de 3 % en 2011 (pour atteindre tout de même 917 millions de tonnes par an) ont même augmenté outre-Rhin de 2 % en 2012. La raison de cette situation est assez simple : le cours du charbon mondial est tombé à un niveau historiquement bas et les producteurs d'énergie se détournent des centrales à gaz, performantes mais chères, et ouvrent à tour de bras de nouvelles centrales à charbon, beaucoup moins coûteuses mais bien plus polluantes et désastreuses pour le climat. Rappelons que la production mondiale de charbon a augmenté de 40 % au cours des 10 dernières années et que le charbon, sera, d'ici cinq ans, devenu la première source mondiale d'énergie, devant le gaz et le pétrole ! Bien que cette vérité ne soit pas souvent rappelée, un Allemand émet aujourd'hui 11,5 tonnes de CO2 par an, contre seulement 6 pour un Français ! La différence est tout simplement considérable puisqu'elle varie presque du simple au double. Quant au coût global réel de sortie du nucléaire en Allemagne, il s'annonce pour le moins abyssal et varie dans une fourchette qui va de 150 milliards d'euros (selon RWE) à…1 700 milliards d'euros, selon une récente estimation du groupe Siemens qui prend en compte non seulement le coût de substitution à l'énergie nucléaire mais également le coût de démantèlement des centrales nucléaires et les investissements nécessaires à l'adaptation du réseau électrique aux énergies renouvelables.

En France, pays européen qui se distingue en produisant les trois quarts de son électricité à partir de l'énergie nucléaire, le gouvernement a annoncé en 2012 sa décision de réduire la part du nucléaire dans la production nationale électricité de 75 % à 50 % d'ici 2025. Si cette réduction peut sembler raisonnable, exprimée en pourcentage, on semble avoir oublié qu'en valeur absolue elle s'élève tout de même à 134 TW heure par an (soit pratiquement l'équivalent de la consommation totale d'électricité des foyers français), ce qui représente 17 fois la production électrique annuelle actuelle du parc éolien français ! Le dernier rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), publié dernièrement s'interroge d'ailleurs sur le réalisme du calendrier de cette forte réduction de la part du nucléaire dans notre production électrique et rappelle à juste titre la nécessité de définir une « trajectoire raisonnée » dans la réduction de la part du nucléaire, afin de prendre en compte les réalités technologiques, industrielles, économiques et sociales qui conditionnent une telle décision politique. Au niveau mondial, une étude mérite d'être évoquée, celle publiée il y a quelques semaines dans la revue « environnement sciences et technologies » par deux climatologues mondialement réputés, Pushker Kharecha, et James Hansen et intitulée « L'impact de l'énergie nucléaire sur la prévention de la mortalité produite par les émissions de gaz à effet de serre ». Cette étude très sérieuse visait à évaluer les avantages pour la planète, en termes d'émissions de gaz à effet de serre et de mortalité globale, de l'utilisation de l'énergie nucléaire par rapport à l'ensemble des énergies fossiles. Dans cette étude de 13 pages, intitulée "Analyses prospectives de la mortalité et des émissions de gaz à effet de serre liées à l'utilisation d'énergie nucléaire", les deux scientifiques rappellent que l'augmentation considérable des émissions de CO2 (qui ont été multipliées par 10 depuis un siècle) a porté la concentration de CO2 dans l'atmosphère à un niveau sans précédent depuis au moins 800 000 ans - 400 ppm - . Aujourd'hui, le stock de carbone présent dans l'atmosphère s'élève à 830 gigatonnes dont au moins le quart provient de l'utilisation des énergies fossiles.

Ce travail a essayé d'évaluer le plus rigoureusement possible, en partant de l'ensemble des données disponibles, l'impact réel de l'utilisation d'énergie nucléaire depuis sa création, en matière d'environnement et de santé humaine. Cette étude montre que, même en prenant en compte les accidents nucléaires, cette énergie a évité au bas mot 1,8 million de décès dans le monde depuis 40 ans. Selon ces recherches, l'utilisation de l'énergie nucléaire a permis d'éviter bien plus de décès qu'elle n'en a provoqués. Ce travail confirme également que l'énergie nucléaire a globalement permis d'économiser en moyenne l'émission nette de 64 gigatonnes d'équivalent CO2 depuis 40 ans, ce qui correspond à deux années d'émissions mondiales de CO2 (au niveau de 2012) ou encore à sept années d'émissions européennes de carbone (valeur 2012). Ce sont ainsi plusieurs centaines de centrales thermiques au charbon, très polluantes et fortement émettrices de CO2, que l'utilisation de l'énergie nucléaire a permis d'éviter, indiquent Pushker Kharecha et James Hansen. Cette étude souligne également qu'une sortie totale du nucléaire au niveau mondial risquerait de provoquer une mortalité supplémentaire de 420 000 à 7 millions de personnes et se traduirait par une augmentation sensible des émissions humaines de CO2, ce qui risquerait de faire basculer le réchauffement climatique au-delà de la limite des 2°C considérée comme le seuil tolérable.

En conclusion, Pushker Kharecha et James Hansen considèrent que « L'énergie nucléaire, malgré les différents défis qu'elle pose, doit continuer à être utilisée dans la production globale d'électricité afin de réduire les conséquences catastrophiques que pourrait avoir un réchauffement climatique incontrôlable ». Il faut en effet rappeler, en supposant que la consommation électrique mondiale reste à son niveau actuel, ce qui est peu probable, compte tenu du fort développement économique en Asie (l'AIE prévoit au contraire une augmentation de la consommation mondiale d'électricité de 70 % d'ici 2030), que la substitution de la production électronucléaire mondiale actuelle par des centrales utilisant les énergies fossiles (gaz et charbon à parité), entraînerait au bas mot une augmentation annuelle des émissions mondiales de CO2 de 500 millions de tonnes, équivalent d'environ 12 % des émissions de CO2 de l'Union européenne ! Et encore cette prévision d'augmentation des émissions de CO2 se base sur l'hypothèse d'une substitution pour moitié par centrales à gaz et pour moitié par centrales au charbon. Dans l'hypothèse probable où cette substitution se ferait essentiellement à l'aide de centrales au charbon, moins coûteuses mais deux fois plus émettrices de CO2 que les centrales à gaz, l'impact sur les émissions mondiales de CO2 serait encore plus catastrophique. On peut bien sûr balayer les conclusions de cette étude d'un revers de main et en nier les résultats parce que ceux-ci sont dérangeants et ne vont pas dans le sens de l'opinion dominante. Ce travail rigoureux d'analyse, réalisé par des scientifiques à la réputation incontestable, doit cependant nous conduire à nous interroger sur la place que l'énergie nucléaire doit avoir dans le bouquet énergétique mondial au cours des prochaines décennies, si nous souhaitons réellement limiter de manière drastique les émissions humaines de CO2 liées à la production croissante d'électricité au niveau planétaire. Sans nier ou minimiser le moins du monde la dimension tout à fait particulière de l'énergie nucléaire qui comporte effectivement des risques spécifiques et pose des problèmes considérables de gestion, notamment en matière de retraitement et de stockage des déchets radioactifs à très longue durée de vie, nous devrions peut-être commencer à admettre que cette énergie s'est avérée, depuis son origine, globalement bien moins nocive, en termes de mortalité réelle et d'impact sur le climat, que l'ensemble des énergies fossiles (charbon, gaz et pétrole), dont l'utilisation massive entraîne chaque année plusieurs millions de décès (directs et indirects) dans le monde et accélère le réchauffement climatique. Sait-on par exemple qu'en Chine, on estime qu'au moins 700 000 personnes décèdent chaque année des suites de la pollution provoquée par l'utilisation intensive des centrales à charbon et qu'en Europe, selon une étude de l'Université de Stuttgart publiée en 2012, les 350 centrales thermiques en service entraîneraient le décès prématuré d'au moins 25 000 personnes par an ! Une autre étude scientifique publiée dans le Lancet fin 2012 estime pour sa part que la pollution, au niveau mondial, principalement liée à l'utilisation des énergies fossiles dans les transports et l'industrie, est responsable d'environ 3,2 millions de décès par an et qu'elle est à présent devenue, si l'on additionne les effets de la pollution atmosphérique à ceux de la pollution intérieure, la deuxième cause planétaire de mortalité, juste derrière l'hypertension artérielle ! Le temps est venu de regarder ces réalités en face et de sortir de nos visions réductrices, souvent guidées par des cadres idéologiques, simplistes et dépassés. Au lieu de succomber aux incantations et aux idées reçues, nous devons nous poser la question de savoir si une sortie rapide du nucléaire, au niveau mondial comme au niveau national, est vraiment possible, compte tenu de la nécessité de réduire dès à présent très rapidement nos émissions de CO2 liées à la production électrique (un objectif qui va être très difficile à atteindre même en imaginant une forte montée en charge des énergies renouvelables dans la production électrique) et de ne pas augmenter la pollution et l'impact sur l'environnement déjà considérable, liés à l'utilisation accrue des énergies fossiles, notamment depuis le décollage de la production mondiale de gaz de schiste et de pétrole non conventionnel. Même si cet objectif de sortie totale du nucléaire au niveau mondial peut apparaître comme souhaitable et nécessaire pour de multiples raisons scientifiques, techniques mais également sociales et morales, l'arrêt complet de la production d'énergie nucléaire me semble tout simplement impossible à court et moyen terme, compte tenu de l'évolution démographique mondiale, de l'explosion de la demande mondiale en énergie, du grand virage énergétique marqué par l'irruption de nouvelles sources d'énergie fossile et bien entendu de la nécessité absolue de réduire au moins de moitié nos émissions mondiales de gaz à effet de serre d'ici 2050.

Qui peut en effet sérieusement croire, en dépit de la progression réelle et nécessaire des énergies renouvelables et des progrès en matière d'efficacité énergétique, que la consommation mondiale d'énergie et d'électricité va comme par magie se ralentir ou se stabiliser dans les années à venir alors que la population mondiale va augmenter de plus de 2 milliards d'habitants d'ici 2050 et que, partout sur la planète, de vastes régions, en Asie, en Amérique du Sud mais également -et cela est nouveau- en Afrique, sont en train de sortir du sous-développement et connaissent un rythme de croissance économique bien supérieur à la moyenne mondiale. Si nous considérons que la question du réchauffement climatique constitue bien le défi majeur et prioritaire que doit relever à tout prix l'Humanité, alors nous devons faire preuve de réalisme et intégrer, au moins comme énergie de transition, l'énergie nucléaire comme l'un des facteurs qui permettra, en dépit de tous les problèmes qu'il peut entraîner, d'éviter un basculement climatique catastrophique au cours de la deuxième partie de ce siècle.

Confucius aimait à dire que « Quand le sage désigne la Lune, l'idiot regarde le doigt ». Par cette maxime, il voulait faire comprendre à ses contemporains que, lorsqu'ils sont confrontés à une situation nouvelle, ils doivent sortir de leurs carcans mentaux, dépasser leurs préjugés et combattre leurs idées reçues pour appréhender cette situation inédite dans toutes ses dimensions et trouver des solutions appropriées. Telle est, me semble-t-il, l'attitude que nous devons avoir pour considérer les dangers mais également les potentialités de l'énergie nucléaire, dans la perspective de l'échéance intangible du changement climatique mondial qui doit être notre priorité absolue et guider l'ensemble de nos choix énergétiques, économiques et politiques.