LA DOCUMENTATION‎ > ‎

Plantes vertes & l'air intérieur

Les plantes vertes ne dépolluent pas l'air intérieur

Auteur : Christophe Magdelaine (2012)

On l'entend souvent, notamment dans les jardineries, les plantes ont la capacité de dépolluer l'air intérieur vicié. Si c'est vrai dans des conditions très particulières, en pratique, dans les lieux de vie intérieur, leurs effets ne sont malheureusement pas significatifs. C'est ce que montre une expérience menée par le bureau d'études Inddigo, dans ses locaux.

L'inquiétante pollution de l'air intérieur

Nous passons jusqu'à 90% de notre temps  à l'intérieur de lieux clos (logement, bureaux, écoles, transports en commun…), où nous sommes exposés de façon chronique à de nombreux polluants atmosphériques qui peuvent avoir des effets négatifs sur notre santé.

Les polluants les plus problématiques et les plus courants dans l'air intérieur sont les Composés Organiques Volatils (COV[1])  et notamment le formaldéhyde[2]. Les COV sont émis par de nombreux produits et matériaux (mousses isolantes, laques, colles, vernis, encres, résines, papier, plastiques, moquettes, bois agglomérés et contreplaqués, peintures, produits de bricolage...), produits d'entretien (solvant, dégraissant, dissolvant, conservation, agent de nettoyage, disperseur, etc.) mais surtout par les fumeurs ! Rappelons que la fumée de tabac, qui contient plus de 4000 substances chimiques, est considérée comme le premier polluant de l'air intérieur par l'Académie de Médecine.

Les données françaises à ce sujet sont récentes, puisque c'est l'Observatoire de la Qualité de l'Air Intérieur (OQAI) qui a commencé a effectué des campagnes de mesures en 2005 tandis que l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'alimentation, de l'Environnement et du Travail (ANSES) mettait en place des valeurs guides de référence permettant de définir à partir de quelles concentrations en polluants, l'air intérieur devait être considéré comme pollué ou non.

Les premières conclusions de ces institutions sont alarmantes : un quart des logements présentent une pollution au formaldéhyde, 9 % sont concernés par plusieurs composés. Dans les établissements scolaires, le constat est aggravé par la plus grande densité du mobilier, l'usage plus fréquent de certains produits (produits d'entretien, marqueurs, peintures, colles) et l'occupation plus importante des locaux. Outre les conséquences sanitaires de la pollution de l'air intérieur, le coût d'une mauvaise qualité de l'air intérieur est aujourd'hui estimé en France entre 12,8 et 38,4 milliards d'euros /an (Jantunen et al, 2011)

Le danger du formaldéhyde

Le formaldéhyde est un irritant pour les yeux, le nez et la gorge. Présent en petites quantités, le formaldéhyde reste sans danger. Mais les quantités dans les lieux clos sont souvent importantes et le formaldéhyde devient alors un gaz irritant et toxique. La surexposition au formaldéhyde se traduit par les symptômes suivants : irritation des yeux, du nez et de la gorge, toux persistante, troubles respiratoires, irritations cutanées, nausées, maux de tête et étourdissements. Pire, il est considéré comme cancérogène.

Comment lutter contre la pollution de l'air intérieur ?

Première solution radicale : supprimer et/ou limiter les sources d'émission en prenant soin de ne pas multiplier les produits d'entretien mais aussi les bougies parfumées, encens et désodorisants qui, derrière leurs bonnes odeurs, cachent de nombreux composés toxiques (COV, HAP, plomb, benzène, phtalates, CO...).

Deuxième solution, complémentaire et également très efficace : aérer régulièrement les locaux, au moins 20 minutes par jour, même si la température extérieure n'est pas incitative ! D'autant plus que la température intérieure ne doit pas être trop élevée, tout comme l'humidité relative. Eviter aussi de se calfeutrer et de boucher les systèmes de ventilation intérieurs.

Troisième solution : transformer son intérieur en serre garnie de plantes vertes ?

Les plantes dépolluantes : mythe ou réalité ?

Cette idée est héritée des expériences menées par le docteur Bill Wolverton (NASA) qui cherchait un moyen de dépolluer l'intérieur des capsules spatiales au début des années 1970[3]. Si les résultats ont été concluants dans les conditions très particulières des voyages spatiaux (concentrations très élevées de polluants, enceintes totalement étanches…), aucun élément scientifique ne valide, à ce jour, la capacité des plantes d'intérieur à dépolluer l'air intérieur tel que nous le respirons quotidiennement. Cela n'a pas empêché, de nombreux fleuristes, jardineries et autres magasins spécialisés d'exploiter la renommée et le sérieux de l'agence spatiale américaine pour nous proposer de nombreuses plantes aux vertus dépolluantes pour l'air intérieur. Des fiches techniques individuelles sont même disponibles pour chaque variété de plante avec des mentions « plante dépolluante ». Par exemple, nous pouvons lire sur l'étiquette d'une plante vendue chez Truffaut : « certaines plantes ont la faculté de contribuer à la réduction de la pollution à l'intérieur des maisons ou des bureaux. Elles améliorent la qualité de l'air ambiant en absorbant certains composés organiques volatils (C.O.V) contenus dans les peintures, vernis, moquettes, parquets, meubles... » Cette indication est abusive puisqu'aucune étude n'a encore prouvé le bénéfice des plantes sur l'air intérieur des maisons et des bureaux. C'est pourquoi, en 2004, le CNRS, le CSTB, l'APPA, l'Université de Lille, l'ADEME, et des collectivités territoriales ont initié un programme de recherche, PHYTAIR, qui vise à évaluer le pouvoir dépolluant des plantes. Les premières phases du programme ont montré que certaines plantes absorbaient bien les polluants gazeux comme le monoxyde de carbone, le benzène et les formaldéhydes, mais pas les poussières, les métaux ou les radiations. De plus, PHYTAIR a confirmé le rôle non négligeable des microorganismes du sol pour épurer l'air. Les conclusions des expériences du docteur Bill Wolverton ont donc été en partie vérifiées... mais dans des conditions expérimentales ! « L'exposition en enceinte ne tient pas compte de certains facteurs (circulation de l'air, volume des pièces…) déterminants pour évaluer les capacités réelles des plantes dans des locaux, et le nombre de plantes nécessaires. » souligne PHYTAIR. C'est tout l'objet de la dernière phase du programme de recherche, actuellement en cours.

De plus, précisons que le programme PHYTAIR n'a évalué, pour l'instant, que trois plantes vertes communes : plante araignée (Chlorophytum comosum), dragonnier (Dracaena marginata) et pothos ou lierre du diable (Scindapsus aureus).

Une première étude sur le pouvoir dépolluant des plantes en situation réelle

En attendant les résultats du programme PHYTAIR, le bureau d'étude Inddigo a lancé la première étude sur l'effet dépolluant des plantes en pot sur l'air intérieur de bureau[4], réalisée en situation réelle. De 2010 à 2011, l'agence Inddigo de Toulouse a été aménagée pour moitié d'un ensemble de plantes sélectionnées pour leur efficacité supposée sur la qualité de l'air intérieur. Les concentrations en polluants ont été suivi, ainsi que le ressenti des occupants, en les comparant aux résultats des bureaux non équipés. Ainsi, 8 bureaux de l'agence sur 16 ont accueilli 54 plantes au total. 28 polluants ont vu leurs concentrations individuelles mesurées lors des 4 campagnes. Les échantillonnages ont été réalisés avec la même technologie que pour les campagnes de mesures nationales réalisées par l'OQAI. La température, la concentration en CO2, l'humidité relative, l'occupation et l'ouverture des fenêtres ont également été suivies. Les bureaux ont été caractérisés par leur volume, les sources de polluants présentes et le système de ventilation mécanique.

Le choix des espèces s'est fait selon plusieurs critères :

Les végétaux devaient présenter un potentiel de dépollution (observé en condition de laboratoire) intéressant, en particulier pour le formaldéhyde ;

-          être adaptés au climat des bureaux toulousains ;

-          ne présenter aucun risque pour la santé (allergique en particulier)

-          et avoir des tailles permettant de varier les situations (posées au sol, sur les bureaux...).

Ainsi, le Chlorophytum comosum « vittatum », Scindapsus aureus « Willcoxii » et Chrysalidocarpus lutescens ont été retenus. De plus, les pots et les substrats ont été rigoureusement choisis pour n'émettre aucun polluant qui pourrait perturber les mesures.

La capacité des plantes à dépolluer un lieu de vie intérieur n'est pas prouvé

Malheureusement, « les conclusions de cette recherche laissent entrevoir que la présence de plantes en pot dans les conditions normales d'occupation de bureaux n'ont aucun effet significatif sur la pollution de l'air intérieur. Le nombre de plantes utilisées (à la limite haute de ce que pouvaient accepter les occupants) et les espèces choisies (parmi les plus efficaces d'après les tests menés par la NASA dans les années 80) laissent à penser que les plantes en pot, sans système complémentaire, ne constituent pas une solution adaptée aux problèmes de qualité de l'air intérieur. »
Cette première étude en situation réelle s'accorde sur le fait que les plantes, même en pot, sont capables d'absorber les polluants de l'air intérieur. Toutefois, « leur impact sur la qualité de l'air intérieur d'un milieu réel ne semble a posteriori pas assez important pour être significatif. » Une vraie douche froide pour tous les amoureux des plantes vertes qui justifient l'étouffement du logement pour purifier l'air. Si vous avez la chance d'habiter dans un lieu où l'air extérieur est de bonne qualité, le meilleur moyen de se prémunir contre un air intérieur vicié reste donc de bien aérer et d'être vigilant sur les produits que vous utilisez.

Notes

  1. Les COV sont un groupe de centaines de composés de carbone et d'hydrogène qui s'évaporent rapidement à température ambiante et se retrouvent ainsi dans l'air. Les COV sont souvent plus nombreux et plus concentrés à l'intérieur qu'à l'extérieur compte tenu de la multiplicité des sources intérieures.
  2. Le formaldéhyde est un allergène, inodore, toxique pour les muqueuses oculaires et respiratoires, qui provoque à long terme des pathologies respiratoires chroniques. Il est classé cancérigène car impliqué dans la survenue de cancers nasopharyngés, et suspecté dans celle d'autres cancers (Bonnard et al., 2006, Cuny et al., 2008).
  3. Son projet n'a toutefois pas été retenu par l'Agence spatiale américaine.
  4. Inddigo s'est appuyée sur des experts renommés pour mettre au point son protocole expérimental. Elle a recueilli les conseils de Damien Cuny, pilote du programme national PHYTAIR, de l'association Plant'Airpur et du paysagiste la Lune Verte.

Sources : Jantunen M., THL, Oliveira Fernandes E., FEUP, Carrer P.,Universita degli studi di Milano, Kephalopoulos S., EC/JRC/IHCP, 2011