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Biodiversité II

Biodiversité : menaces et enjeux

"L'homme s'est construit un monde stérile centré sur ses caprices" (C. Magdelaine)

La biodiversité : définition

Le terme "biodiversité" vient de la contraction de l'expression anglaise "biological diversity", c'est à dire "diversité biologique".

L'expression "biological diversity" a été inventée par Thomas Lovejoy en 1980 tandis que le terme biodiversity lui-même a été inventé par Walter G. Rosen en 1985 lors de la préparation du National Forum on Biological Diversity organisé par le National Research Council en 1986. Le mot "biodiversité" a été employé officiellement pour la première fois en 1988 par l'entomologiste américain E.O. Wilson. Auparavant, on parlait de "diversité du vivant".

La biodiversité c'est la "variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie ; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes." (Article 2 de la Convention sur la diversité biologique, adoptée le 22 mai 1992 et ouverte à la signature des Etats lors de la Conférence de Rio le 5 juin 1992, entrée en vigueur le 29 décembre 1993)

La biodiversité s'évalue suivant trois niveaux de diversité biologique.

  • La diversité écologique (ou diversité des écosystèmes). Les écosystèmes sont différents en fonction du support de vie (biotope) façonné par la situation géographique, le paysage, le relief, le climat...
  • La diversité spécifique (ou diversité des espèces). Dans un même écosystème, on trouve des espèces vivantes très différentes.
  • La diversité génétique (ou diversité des gènes). Le patrimoine génétique des animaux différencie les individus au sein d'une même espèce

Les richesses encore méconnues de la biodiversité

La biodiversité est partout, aussi bien sur terre que dans l'eau. Elle comprend tous les organismes, depuis les bactéries microscopiques jusqu'aux animaux et aux plantes plus complexes. La biodiversité dite négligée (invertébrés marins et terrestres, plantes, champignons) représente pourtant 95% de la biodiversité !

Des indicateurs tels que le nombre d'espèces dans une zone donnée peuvent permettre le suivi de certains aspects de la biodiversité.

Les scientifiques considèrent que le nombre réel d'espèces vivantes sur Terre se situerait entre 8 et 30 millions. Or, nous n'en connaissons que 1,8 million ! Actuellement, environ 16 000 nouvelles espèces sont décrites chaque année ; à ce rythme, il faudrait entre 500 et 1000 ans aux scientifiques pour achever l'inventaire.

Dans les océans, on estime qu'il y a plus d'un million d'espèces, seulement 250 000 sont décrites. Les 3/4 des espèces vivant dans les profondeurs de la Méditerranée sont encore inconnues (programme Census of Marine Life, 10/2010).

Les Hotspots

Certaines régions sont considérées comme les plus riches en espèces mais aussi comme les plus menacées de la planète. Elles sont appelées Hotspots (selon l'ONG Conservation International) ou Ecorégions prioritaires (selon le WWF).

Les forêts tropicales concentrent 70 à 90 % de la biodiversité continentale (F. Hallé).

 

 

La biodiversité ordinaire et la biodiversité symbolique

 

Trop souvent, la biodiversité n'est considérée qu'à travers certains êtres vivants emblématiques comme les ours polaires, les baleines, les pandas géants, les tigres, les éléphants... Elle est qualifiée de biodiversité symbolique ou remarquable. Même si ces espèces animales ne doivent pas disparaître, il ne faut pas oublier les autres espèces, moins attendrissantes mais qui ont également un rôle essentiel dans leurs écosystèmes.

Dans ce dernier cas, on parle de biodiversité "ordinaire". Les oiseaux apparaissent comme de bons indicateurs de l'état de la biodiversité du fait de leur position élevée dans les chaînes alimentaires. Cette biodiversité ordinaire, nous la cotoyons souvent, dans nos jardins, bosquets, dans des espaces laissés en friche. L'aménagement de ces espaces par soucis d'esthétisme dégrade très fortement la biodiversité ordinaire qui y vit. Or, la ville, monde minéral ne laisse que peu de place à cette biodiversité ordinaire pourtant essentielle.

 

Les apports de la biodiversité

La biodiversité offre de nombreux bienfaits fondamentaux aux humains, qui vont au-delà de la simple fourniture de matières premières (pour l'habitat et l'habillement).
La biodiversité soutient quantité de processus et de services des écosystèmes naturels, tels que la qualité de l'air, la régulation climatique, la purification de l'eau, la lutte contre les parasites et les maladies, la pollinisation et la prévention des érosions. Le bien-être – et la survie – des humains est difficilement concevable sans une biodiversité florissante. Les systèmes alimentaires sont fortement dépendants de la biodiversité et une proportion considérable de médicaments est directement ou non d'origine biologique. Des pans entiers de nos économies dépendent également de la biodiversité. C'est pourquoi, la perte de biodiversité a des effets néfastes sur plusieurs aspects du bien-être humain, tels que la sécurité alimentaire, la vulnérabilité face aux catastrophes naturelles, la sécurité énergétique et l'accès à l'eau propre et aux matières premières. Elle touche également la santé, les relations sociales et la liberté de choix.

Les atteintes à la biodiversité

Sur l'ensemble de la planète, 60 % de milieux naturels ont été dégradés au cours des 50 dernières années. La destruction et la fragmentation des milieux naturels liées, en particulier, à l'urbanisation croissante, au développement des infrastructures de transport ou à la surexploitation des ressources affectent tout particulièrement la biodiversité.

Disparition des habitats (forêts, récifs coralliens,...), surexploitation du vivant (chasse et surpêche), pollutions industrielles et agricoles, extension des villes et des infrastructures de transport, dégradation et destruction des paysages, introduction d'espèces invasives, changements climatiques, conversion en terres agricoles, désertification... Les causes de la disparition du vivant sont nombreuses et l'ampleur de la crise de la biodiversité est désormais avérée.
Presque tous les écosystèmes sur Terre ont été transformés de façon considérable suite aux activités humaines et des écosystèmes continuent à être modifiés par l'agriculture et d'autres fins. En effet, depuis la Révolution industrielle, l'humanité exploite les ressources naturelles comme si elles étaient infinies, ce qui n'est pas le cas.

C'est pourquoi, en quelques décennies, les altérations et les destructions causées par l'homme aux écosystèmes naturels – en particulier les forêts primaires, les forêts tropicales, les zones humides, les mangroves, les lacs, les rivières, les mers et les océans – ont crû à un rythme inquiétant. Ainsi, depuis seulement l'an 2000, les forêts primaires ont perdu 6 millions d'hectares par an. Près de 20% des récifs coralliens ont été détruits, du fait, notamment de la pollution et de la surpêche.

 

La biodiversité en ville

 

Les espaces urbains minéralisés et stériles détruisent presque toute vie végétale et empêchent la libre circulation des espèces. C'est pourquoi, l'aménagement de la ville doit être entièrement revu pour qu'il intègre la nature sans compromettre les corridors biologiques indispensables à la survie de certaines espèces.

C'est un véritable défi, trop peu considéré, car la ville a généralement tout supprimé : terres agricoles, vergers, ruisseaux, prairies, forêts... et donc les terriers, nids, habitats...
De plus des plantes exotiques sont implantées pour adorner les jardins et les rares espaces verts, ce qui nuit à la biodiversité locale car la plupart des espèces introduites sont des invasives.

Enfin, les axes de transport et de communication fragmentent les espaces en coupant les forêts, les plaines, ce qui se traduit par l'incapacité pour certaines espèces de se reproduire et de chasser. La multiplication des axes routiers est, à ce titre, une véritable catastrophe comme en témoigne la disparition des 3/4 des lapins de Garenne en France : ils étaient 13 millions en 1975 et seulement 3 millions en 2000.

 

La biodiversité dans les zones agricoles

 

Le pire ennemi des vers de terre est le labour, victimes des charrues, des tracteurs, des oiseaux tandis que la microvie du sol est tuée par les rayons UV. "LA différence est énorme : là où la terre est labourée, on trouve seulement 50 kg de vers par hectare contre 2 à 4 tonnes où l'on ne laboure pas" Denis Loyer, directeur adjoint des opérations techniques à l'Agence française de développement (AFD).

Après plus de 50 ans d'agriculture intensive, beaucoup de sols sont aujourd'hui biologiquement morts avec un maigre 1% de matière organique. Les engrais chimiques sont alors utilisés pour pallier le manque. Ce qui set idiot puisque les vers de terre faisaient alors gratuitement ce travail, d'autant plus qu'ils labourent en terre en profondeur, creusant des galeries qui permettent à l'eau de pluie de s'inflitrer, et non de ruisseler.

Le remembrement et la disparition des haies a également entraîné une perte considérable de biodiversité et de services rendus à l'Homme pour lutter contre les nuisibles, ce qui explique le recours aux pesticides.

 

Les extinctions de masse

La Terre a connu 5 extinctions massives qui se sont caractérisées par une disparition assez brutale d'une grande partie de la vie. Au cours des 540 derniers millions d'années, une vingtaine de crises plus ou moins intenses se sont succédées. La plus dévastatrice d'entre elles s'est déroulée il y a 252,6 millions d'années avec une violence encore aujourd'hui inégalée : la crise permo-triassique qui décima plus de 90% des espèces marines alors existantes (CNRS, 02/2010)

La sixième extinction de masse

 

Actuellement, la perte de biodiversité et les changements dans l'environnement qui y sont liés sont plus rapides qu'à aucune période de l'histoire de l'humanité. De nombreuses populations animales et végétales sont en déclin, que ce soit en termes de nombre d'individus, d'étendue géographique, ou les deux. La disparition d'espèces fait partie du cours naturel de l'histoire de la Terre. Cependant, l'activité humaine a accéléré le rythme d'extinction, qui est au moins 100 fois supérieur au rythme naturel d'extinction, un rythme qui ne cesse d'augmenter, certains biologistes renommés comme E.O. Wilson parlent de 1000 fois

L'extinction actuelle, provoquée par les activités humaines, est comparable à une crise biologique majeure puisque d'ici à 2050, on considère que 25 à 50 % des espèces auront disparu.
Or, plusieurs millions d'années sont nécessaires pour recouvrir une diversité biologique suite à une extinction massive.

Ainsi, les sociétés humaines, qui ont amorcé cette extinction de masse scellent définitivement le sort de l'humanité : nous serons à la fois la cause et les victimes de cette sixième extinction de masse...

 

La Liste rouge des espèces menacées

 

La Liste rouge de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) est reconnue comme l'outil le plus fiable au niveau mondial pour évaluer le risque d'extinction des espèces. Fondée sur une solide base scientifique, elle met en lumière l'urgence et l'étendue des problèmes de conservation de la biodiversité dans le monde grâce à des critères précis.

La Liste rouge de l'UICN constitue l'inventaire mondial le plus complet de l'état de conservation global des espèces végétales et animales. Sur la base d'une information précise sur les espèces menacées, le but essentiel de la Liste rouge consiste à mobiliser l'attention du public et des responsables politiques sur l'urgence et l'étendue des problèmes de conservation, ainsi qu'à inciter la communauté internationale à agir en vue de limiter le taux d'extinction des espèces.

Etablie conformément aux critères de référence de l'UICN, la Liste rouge vise à dresser un bilan objectif du degré de menace pesant sur les espèces à l'échelle du territoire national. Il s'agit de réunir les meilleures informations disponibles sur le risque de disparition sur un territoire des espèces végétales et animales qui s'y reproduisent en milieu naturel ou qui y sont régulièrement présentes.

 

La liste rouge française

 

Depuis 2007, le Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) et l'UICN réalisent la Liste rouge des espèces menacées en France, en collaboration avec de nombreuses organisations. L'objectif est de dresser le bilan de la situation des espèces végétales et animales à l'échelle du territoire national, en métropole et en outre-mer.

La France s'est engagée, dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique, à stopper l'érosion de la biodiversité sur son territoire. Dans ce contexte, la Liste rouge a été retenue comme un indicateur de référence pour suivre l'évolution du degré de menace pesant sur les espèces. Elle permet de mesurer l'ampleur des enjeux, les progrès accomplis et les défis à relever pour la France.

Comment estime-t-on le risque de disparition d'une espèce ?

La méthodologie mondiale définie par l'UICN s'appuie sur cinq critères d'évaluation. Ces critères reposent sur différents facteurs biologiques associés au risque d'extinction, comme la taille de la population de l'espèce, son taux de déclin, l'aire de sa répartition géographique et son degré de fragmentation. En confrontant la situation de chaque espèce aux différents seuils quantitatifs fixés pour chacun des cinq critères, on définit pour chacune d'elles si elle se classe ou pas dans l'une des catégories d'espèces menacées en fonction des données disponibles:

  • éteinte (EX)
  • éteinte à l’état sauvage (EW)
  • en danger critique d'extinction (CR),
  • en danger (EN),
  • vulnérable (VU),
  • quasi menacée (NT),
  • préoccupation mineure (LC),
  • données insuffisantes (DD),
  • non évaluée (NE),

Les actions internationales

En 1972 l'UNESCO lança deux initiatives pionnières : la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel qui institua qu'écosystèmes naturels et des paysages appartenaient au patrimoine commun de l'humanité et le Programme l'homme et la biosphère (MAB) qui conduisit à la création de Réserves de biosphère, 553 dans 107 pays à ce jour, avec trois fonctions qui se renforcent l'une l'autre : conservation, développement durable et soutien à la recherche et à l'éducation.

La biodiversité est un bien public global, comme il fut reconnu 20 ans plus tard, en 1992, par la Convention sur la biodiversité (CDB). Les trois objectifs de cette convention sont la conservation de la diversité biologique, son utilisation durable et le partage juste et équitable des bénéfices liés à l'usage des ressources génétiques.

En 2002, un engagement fort a été pris lors du sommet de Johannesburg : "assurer, d'ici 2010, une forte réduction du rythme actuel de perte de diversité biologique aux niveaux mondial, régional et national, à titre de contribution à l'atténuation de la pauvreté et au profit de toutes les formes de vie sur la planète". Malheureusement, cet engagement n'a pu être tenu. L'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire piloté par l'ONU, a mis en évidence que 60% des écosystèmes ont été dégradés ces 50 dernières années et tous les indicateurs montrent que les espèces disparaissent à un rythme effréné.

Ces dernières années, l'objectif principal a été de réduire le rythme de perte de biodiversité – un but dont la réalisation s'est révélée ardue, qu'il s'agisse de mesurer l'état actuel de la biodiversité ou de mettre en œuvre des mesures et des pratiques propices à la biodiversité. En effet, d'après les dernières prévisions, les objectifs définis par la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique de 2003 en vue d'enrayer la perte de biodiversité au niveau mondial ne seront pas atteints.

En vue d'accroître la prise de conscience du public sur l'importance de la biodiversité pour notre bien-être, les Nations Unies ont déclaré l'année 2010 Année internationale de la biodiversité (IYB). Communiquer est vital : l'ambition première des événements de l'IYB est d'éveiller les consciences non seulement sur les faits, mais également sur tout ce qui peut être fait. Mettre en avant des expériences de réussite dans la lutte durable contre la perte de biodiversité ou pour sa préservation est essentiel pour susciter aux niveaux local, national, régional ou international, des projets œuvrant à préserver et célébrer la diversité du vivant.

 

Références